À en croire plusieurs études, un fort pourcentage d’entrepreneurs de partout au pays souffrent en silence de détresse psychologique. Pourquoi cet état d’esprit est-il de plus en plus présent chez cette franche de la population, et surtout, comment réduire sa portée? Tour d’horizon.

Une récente enquête réalisée par le Regroupement des jeunes chambres de commerce du Québec (RJCCQ) fait état de chiffres alarmant. Selon le sondage, 71,5 % des 300 entrepreneurs sondés ressentent un niveau élevé de souffrance émotionnelle. « Ils se sentent isolés et n’ont pas tendance à parler de leurs problèmes à leur entourage ou à leurs créanciers », détaille Nicolas Chevrier, psychologue.

Un constat partagé par Amy Morin, psychothérapeute et auteure. « Les entrepreneurs qui réussissent ont tendance à être idolâtrés car ils semblent être plus heureux, plus performants et plus motivés que quiconque », glisse-t-elle.  Néanmoins, selon elle, une distinction s’impose.  « Ce mode de vie peut constituer un tremplin pour de nombreux problèmes de santé mentale graves. »

La face cachée d’un mode de vie vénéré
D’après les recherches effectuées par The Mindset Project, une initiative provenant d’Halifax qui s’intéresse à la santé mentale des entrepreneurs canadiens, la plupart de ces derniers effectuent de longues heures de travail, et oublient leurs propres besoins au profit des besoins de leurs clients. À cela s’ajoute d’énormes responsabilités, des délais serrés pour effectuer leurs tâches et de grandes attentes pour leur entreprise.

En fait, un sondage mené par le projet dénote que « près de 41 % des entrepreneurs ont signalé que leur santé mentale s’était détériorée depuis la création de leur entreprise tandis que 47,3 % ont déclaré que leur santé globale a décliné » .

Par chance, ce travail acharné se fait surtout sentir dans les premières années de vie de l’entreprise. C’est d’ailleurs ce que Maximilien Roy, PDG du RJCCQ, constate. « Les jeunes entrepreneurs en affaires depuis 2 à 5 ans sont les plus stressés. Après 5 ans, un changement d’attitude est noté ». D’ailleurs, une étude effectuée en 2016 par l’Université du Tennessee note que 75 % des entreprises nouvellement créées échoueront à la fin de leur troisième année d’existence, ce qui ajoute certainement au stress.

Des conséquences sournoises, mais réelles
Selon une étude comparant plus de 200 étudiants universitaires à 110 entrepreneurs, ces derniers étaient plus susceptibles que les participants de la population universitaire à faire l’expérience de :

  • Dépression : 30 % contre 15 % et 16,6 %
  • TDAH : 29 % contre 5 % et 4,4 %
  • Dépendance : 12 % contre 4 % et 8,4 %
  • Diagnostic bipolaire : 11 % contre 1 % et 4,4 %

Des solutions avant d’être à bout
D’après un article rédigé par la banque de développement du Canada (BDC), il est facile d’adopter quelques pratiques pour apaiser son stress, notamment :

  • s’accorder des pauses de travail
  • faire du sport et bien manger
  • consacrer suffisamment de temps à sa vie personnelle
  • savoir lâcher prise et déléguer des responsabilités
  • ne pas hésiter à parler à ses proches de ses problèmes

Dans le même ordre d’idées, Stéphanie Austin, chercheuse à l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR), conseille aux entrepreneurs de participer à des activités de réseautage et à s’inscrire à des programmes de mentorat. « Les entrepreneurs s’adaptent mieux aux diverses situations de stress, parce qu’ils peuvent entre autres échanger avec d’autres sur la gestion des ressources humaines. »

En terminant, si vous ressentez le besoin de parler, communiquez avec le TEL-AIDE au 1-800-567-9699, un service disponible 24 h sur 24, 365 jours par année.