Au printemps, la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI) publiait un rapport sur les meilleurs endroits au Canada pour démarrer ou faire croître une entreprise en 2018. Selon celui-ci, les municipalités de l’Alberta parviennent difficilement à tirer leur épingle du jeu, à l’exception peut-être de la ville de Grande Prairie, qui semble avoir trouvé une recette gagnante, et de la banlieue d’Edmonton. Analyse.

Ce classement de la FCEI est réalisé chaque année depuis une dizaine d’années. « L’Alberta a déjà trôné au sommet de ce palmarès. Or, l’économie générale affecte le classement des villes albertaines et les entraîne à la baisse », commente Simon Gaudreault, directeur principal de la recherche nationale au FCEI. Il précise que la majorité des indicateurs qui composent ce classement est basée sur les dernières données de Statistique Canada ainsi que sur des données collectées auprès des municipalités elles-mêmes, et non sur des sondages.

Par exemple, le nombre d’entreprises et de travailleurs autonomes par 1000 habitants représente un bon indicateur de la vitalité entrepreneuriale d’une municipalité. Cela dit, il importe de garder en tête que ce classement est effectué dans un contexte compétitif. « Si on conserve le même classement d’année en année, cela ne veut pas dire que la situation se dégrade, plutôt que les autres villes s’améliorent plus rapidement », précise Simon Gaudreault.

Des solutions ?
Que peut donc entreprendre une municipalité pour améliorer son classement ? « Il faut s’assurer de simplifier l’environnement d’affaires, répond le directeur principal. Les villes possèdent beaucoup de leviers à cet effet pour accommoder les entrepreneurs, et à long terme, cela entraîne une présence entrepreneuriale plus forte. Mais cela ne se fait pas en six mois, cela prend des incitatifs et une réelle volonté. »

Par exemple, selon lui, beaucoup de collectivités ont du mal à contrôler leurs dépenses. « Elles vont choisir de geler les taxes résidentielles et d’augmenter celles des commerçants et des entreprises locales, ce qui créera un écart entre la taxation des entreprises et celles des résidents, et ce, pour une même valeur immobilière », déplore-t-il.

Simon Gaudreault ajoute du même souffle que toutes les études démontrent que ne sont pas les entreprises qui consomment le plus de services municipaux. « Il y a donc une iniquité qui freine le développement des entreprises. C’est notamment ce que l’on remarque à Calgary. »

Le cas de Grande Prairie
Aux dires de Simon Gaudreault, Grande Prairie, une ville de 50 000 habitants, se trouve en bonne posture sur les classements de la FCEI pour plusieurs raisons. « Elle maintient notamment un taux de taxation peu élevé pour les entreprises, et c’est la clé », mentionne-t-il.

De plus, il soulève d’autres bons points, comme des règlements simples relatifs à l’ouverture d’une entreprise, des relations avec les inspecteurs facilitées, des normes d’affichage et de stationnement peu complexes, etc. « Les villes qui veulent se démarquer doivent travailler ces aspects », insiste-t-il. Dans ce contexte, selon l’étude, il semble y avoir un assez bon terreau d’entreprises et une bonne proportion de travailleurs autonomes à Grande Prairie, ce qui augmente son score au palmarès.

Des dirigeants d’entreprises peu enthousiastes
L’étoile au tableau de Grande Prairie ne permet malheureusement pas d’éclipser une autre réalité albertaine : l’indice de confiance des chefs d’entreprise envers l’économie est à la traîne. « Ces perspectives sont basées sur des sondages. On leur demande s’ils ont l’intention d’embaucher dans les prochains mois, comment se porte leur entreprise et comment ils voient les choses », détaille Simon Gaudreault. À ce titre, l’expert mentionne qu’il a vu l’Alberta glisser du premier au dernier rang en 10 ans.

Le récent changement de gouvernement provincial pourrait peut-être voir se poindre un peu d’espoir sur ce point précis. Or, selon lui, les chefs d’entreprises sont des gens assez pragmatiques. « Au-delà de la marque du gouvernement, ils vont plutôt s’attarder sur les mesures concrètes mises en place », partage-t-il.

En terminant, c’est en ce qui concerne les politiques entrepreneuriales que les villes albertaines s’en tirent le mieux, comptant trois des dix premières grandes villes au classement.

À noter que la FCEI présentait l’indice entrepreneurial de 125 villes canadiennes. Dans le classement général (petites et grandes villes), outre Grande Prairie (6e rang), on retrouve parmi le « top 50 » Lloydminster (14e), Okotoks (29e), Fort McMurray (30e), Brooks (36e) et la Banlieue d’Edmonton (43e).

Classement général 2018

  1. Whitehorse, Yukon
  2. Winkler, Manitoba
  3. Victorialville, Québec
  4. Rimouski, Québec
  5. Rivière-du-Loup, Québec
  6. Grande Prairie, Alberta
  7. Collingwood, Ontario
  8. Saint-Georges, Québec
  9. Val d’Or, Québec
  10. Squamish, Colombie-Britannique