Que réserve l’année 2019 à l’Alberta du point de vue de l’économie et du développement économique? À en croire les experts, les perspectives à ce sujet évolueront sous un ciel instable.

Cette période d’instabilité est principalement le résultat de la baisse des prix du pétrole qui a frappé la province et à laquelle celle-ci semble avoir du mal à s’adapter. C’est du moins ce qu’en pense le politologue Frédéric Boily, du Campus Saint-Jean de l’Université de l’Alberta. « Ce qui se dégage, c’est que la première moitié de l’année 2019 risque d’être difficile, parce que les prix du pétrole sont encore très bas. Dans ce contexte, cela placera le gouvernement néo-démocrate dans une position délicate », avance-t-il.

Pour l’expert, à l’aube d’élections provinciales prévues ce printemps, un nouveau gouvernement aurait très peu de marge de manœuvre pour changer la donne, car il est difficile d’améliorer drastiquement la situation. Il insiste sur le fait que les gouvernements doivent travailler à s’éloigner de la dépendance à l’industrie pétrolière et gazière. « Et ceci n’est pas nouveau, rappelle Frédéric Boily. Les gouvernements ont eu tendance à ne pas résoudre la question en espérant que le temps des vaches maigres soit comblé par de meilleures périodes. » Il continue : « La province semble constamment en attente que les prix du pétrole soient plus hauts pour rééquilibrer les budgets. Or, cette façon de procéder n’est plus adéquate. »

Cela dit, il ne faut pas se cacher la tête dans le sable pour autant. « Il existe bien une certaine vitalité économique dans certains secteurs, mais il n’en demeure pas moins que l’industrie énergétique continue d’être fondamentale pour l’équilibre budgétaire albertain », lance M. Boily.

Emplois à combler et taux de chômage élevé
Qu’en est-il des perspectives en employabilité? Pour l’économiste David Caron, la chute des prix du pétrole a plongé l’Alberta dans une drôle de position. « On parle beaucoup des 59 000 emplois vacants, mais en même temps, le taux de chômage est plus élevé qu’il y a quelques années », note celui qui enseigne au Centre collégial de l’Alberta.

Selon lui, ces chiffres mettent en lumière l’ambiguïté de la situation économique albertaine. « C’est comme si la population n’avait pas les bonnes compétences pour ce qui est recherché dans l’économie. Il y a une inéquation entre les emplois disponibles et les chercheurs d’emplois », détaille-t-il.

L’industrie pétrolière n’est pas étrangère à cette condition. « Beaucoup d’emplois dans cette industrie ne demande pas de compétence. Il y a donc beaucoup de personnes qui ne sont pas éduquées et qui n’ont pas de diplôme pour se relocaliser dans d’autres emplois, car ils ne maîtrisent pas les logiciels de base requis pour un emploi de bureau, par exemple », continue-t-il. À ce sujet, Davis Caron pose une  question : « Combien de temps prendra la population pour se recycler et répondre aux besoins du marché du travail? »

Selon ses dires, un autre facteur directement lié à la baisse des prix du pétrole, soit la migration interprovinciale, semble affecter les perspectives économiques de l’Alberta. « Beaucoup de gens sont repartis après la chute des prix, ce qui fait en sorte que la migration interprovinciale est négative pour l’Alberta, une première depuis les 15 dernières années. L’Alberta est moins vue comme attractive par les travailleurs », estime-t-il.

Edmonton vs Calgary     

En ce qui a trait à l’économie, les deux plus grandes villes de la province évoluent différemment, comme en témoigne David Caron. « Edmonton a toujours été un peu plus stable que Calgary, car l’influence des prix du pétrole a plus d’impact dans cette dernière. Edmonton peut compter sur la présence des emplois gouvernementaux et de différentes institutions publiques, ce qui lui confère un coussin pour faire face aux variations », exprime-t-il.

Le même concept s’applique du côté de l’immobilier. « L’annonce d’une éventuelle hausse des taux d’intérêts mettra de la pression sur le marché albertain, et plus particulièrement à Calgary, qui devra s’attendre à une baisse du prix de l’immobilier », suggère-t-il.

De mauvaise humeur
Par ailleurs,  une étude de la BDC concernant les intentions d’investissement des entrepreneurs canadiens fait état de l’humeur plutôt morose des Albertains. Selon l’étude :

  • Le manque de confiance dans l’économie canadienne est plus prononcé dans les provinces des Prairies ; il constitue le principal enjeu des dirigeants d’entreprise en Alberta;
  • Les intentions d’investissement en Alberta demeurent positives, bien que les propriétaires d’entreprises albertaines soient les plus pessimistes au pays à l’égard de l’économie canadienne.
  • Les intentions devraient grimper dans le secteur des services, mais restent faibles dans ceux des ressources naturelles et de la construction.