Saviez-vous que l’initiative « Concerto », connue aujourd’hui sous le nom « ABMA » pour Association bilingue des municipalités de l’Alberta, célèbre son 10e anniversaire cette année?

Inspiré du modèle de l’Association des municipalités bilingues du Manitoba, le projet albertain visait à susciter la collaboration entre les municipalités. L’attrait pour le bilinguisme au niveau municipal connaissait un certain engouement à ce moment, notamment avec les célébrations du 150e anniversaire de la fondation de Saint-Albert, en 2011.

L’initiative « Concerto » connaît un bon départ avec 10 adhésions en 2013 et 2014 : hameau de Plamondon, comté de Lac La Biche, ville de Beaumont, municipalité de Legal, municipalité de Morinville, ville de Saint-Albert, municipalité de Saint-Paul, municipalité de Bonnyville, district municipal de Smoky River et municipalité de Falher. Un 11e membre joindra les rangs en 2016, soit le village de Donnelly.

Ceci amène certains membres à travailler sur l’incorporation de « Concerto », qui verra naître avant les élections municipales de 2017 l’Association bilingue des municipalités de l’Alberta. Des élections qui verront deux maires « champions » de l’ABMA prendre leur retraite de la vie politique, en l’occurrence Camille Bérubé (Beaumont) et Nolan Crouse (Saint-Albert).

Puis, ce sera en quelque sorte la traversée du désert pour l’ABMA. « Avec le recul, l’incorporation est arrivée trop rapidement. L’ABMA n’avait à cette époque, et n’a pas encore aujourd’hui, du financement pour voir à son développement. Il n’y avait aucun projet concret sur la table », se rappelle le directeur général du Conseil de développement économique de l’Alberta (CDÉA), Étienne Alary, dont l’organisme chapeaute l’ABMA.

À cela s’ajoute l’annonce du retrait de Saint-Albert, au début de l’été 2018. « Cette lettre est arrivée par surprise. On nous a expliqué que la vision du nouveau conseil municipal était différente, que Saint-Albert souhaitait participer à des projets, mais pas être membre de l’ABMA, juste pour être membre de l’ABMA », soutient M. Alary.

Le moment de ce retrait n’était pas idéal, alors que la ville de Grande Prairie s’apprêtait à accueillir le Rendez-vous du Réseau des villes francophones et francophiles d’Amérique (RVFFA) en septembre 2018. C’est à ce moment que la ville a aussi officiellement joint l’ABMA, tout comme le village de Girouxville.

De 12 à 17 membres

C’est lors de cette rencontre de Grande Prairie que le RVFFA et le CDÉA ont d’ailleurs signé une entente de collaboration. Depuis, l’organisme de développement économique a présenté une demande de financement pour élaborer des expériences touristiques francophones et autochtones dans le nord de l’Alberta.

Le financement vise, d’ici le 31 mars 2021, le développement de deux économusées ainsi que la création de parcours touristiques bilingues dans le nord de l’Alberta. Pour ce faire, une mission exploratoire s’est déroulée du 4 au 6 février 2020 dans le nord-est de la province. « Cela a été l’élément déclencheur pour une ABMA renouvelée. Lors des présentations, nous avons senti que des municipalités voulaient joindre l’ABMA afin d’être partie prenante du projet. Ces nouveaux membres voient maintenant le bilinguisme comme une valeur ajoutée au développement économique de leur région », explique Étienne Alary.

Ainsi, cinq municipalités se sont ajoutées à l’ABMA au cours des dernières semaines, soit la municipalité McLennan, le comté de Northern Sunrise, le comté de Smoky Lake, la municipalité de Smoky Lake, ainsi que le district municipal de Bonnyville, portant à 17 le nombre de membres actuel de l’ABMA.

Un plan stratégique

Le projet actuellement en cours au niveau touristique est important, mais cela demeure quelque chose de ponctuel. Et avec les élections municipales qui sont prévues en 2021, le CDÉA veut éviter de revivre l’année 2017. C’est pour cette raison que les membres de l’ABMA se sont réunis à Edmonton, à la fin août 2020, afin de jeter les bases d’un plan stratégique pour les trois prochaines années.

Mieux définir l’implication des membres, identifier les pistes pour la recherche de financement, ainsi que promouvoir les différents projets bilingues à travers la province sont quelques-uns des objectifs clairs énoncés lors de cette rencontre. Les membres ont aussi revu leur vision qui est maintenant d’unir les municipalités en favorisant leur prospérité par le bilinguisme.

Le bilinguisme : un aspect attrayant pour les entrepreneurs

En 2016, Statistique Canada annonçait dans son rapport que l’Alberta faisait partie d’une des provinces dans laquelle on recense les plus fortes croissances de population bilingue, soit de 12,4 %.

Frédérick Audet, de Learn Square Inc., qui est le consultant retenu pour développer la planification stratégique de l’ABMA, a vu les membres constater le potentiel du bilinguisme dans la quête de financement pour l’ABMA, certes, mais aussi pour leur propre municipalité.

« Les participants ont cherché à raffermir et renforcer la possibilité d’avoir davantage de financement auprès des divers paliers de gouvernement (municipal, provincial et fédéral) par l’entremise du bilinguisme », avance-t-il.  « De nos jours, une industrie, qui embauche des employés bilingues, permet à l’entreprise de prospérer nationalement et d’avoir du potentiel », ajoute-t-il.

Nouveaux défis pour cette année

Les données ne mentent pas, le bilinguisme est en pleine progression chez les Albertains, et si cette tendance se maintient, de plus en plus de villes pourraient trouver avantageux de joindre l’ABMA dans les prochaines années, afin de pouvoir travailler ensemble au développement de nouvelles initiatives axées sur les deux langues officielles.

Ces actions seront posées sous quatre orientations stratégiques définies par les membres qui regrouperont 13 objectifs :

  • Accroître l’implication des membres auprès de l’ABMA
  • Renforcer la visibilité de l’Association à travers la province
  • Fournir une valeur ajoutée aux membres
  • Renforcer les capacités et assurer une continuité dans sa gouvernance et ses activités

« Lors de l’exercice de planification stratégique, on a senti une énergie renouvelée chez les membres et une volonté de mettre l’épaule à la roue. Avant, on aurait dit qu’ils étaient membres, mais sans vraiment savoir pourquoi. Là, ils ont développé des raisons de vouloir être membres. «C’est positif », conclut Étienne Alary.