Le succès de la Caisse de Beaumont, d’hier à 2018!

Aujourd’hui, lorsqu’on parle des « caisses populaires », on pense essentiellement au Mouvement Desjardins au Québec. Avec une recherche Internet, on réalise aussi qu’il existe des caisses au Nouveau-Brunswick et en Ontario. On retrouve même un réseau de caisses assez développés au Manitoba sous le nom de « Caisse, Groupe Financier ».

En Alberta, le caractère francophone du mouvement coopératif bancaire a essentiellement disparu en 2020. Pourtant, cela n’a pas toujours été le cas. En 1963, on ne comptait pas moins de 19 caisses populaires francophones qui regroupaient près de 6000 membres. Une Fédération des caisses populaires bilingues a même été créée en 1964. Toutefois, dans les années 70, les caisses ont soit commencé à se fusionner (sous l’égide de la Caisse Francalta) ou à s’amalgamer avec des Credit Union, réduisant ainsi la portée francophone. Même la Caisse Francalta s’est amalgamé avec Servus.

En province, un seul établissement a su déroger à cette règle… jusqu’en 2018, soit la Caisse Saint-Vital de Beaumont.

Les débuts
Dans les années 1940, la ville de Beaumont suit la tendance qui amène plusieurs communautés à se doter d’une caisse populaire pour ses propres habitants qui sont en grande partie des agriculteurs.

La principale raison : durant les années 30, plusieurs banques albertaines refusent de prêter des petits montants aux fermiers de la ville. À Beaumont, ceci amène le curé en place (Père J-E Lapointe) ainsi plusieurs familles pionnières francophones, à s’unir et à créer en 1946, la Caisse de Saint-Vital de Beaumont. Cet événement a eu une influence déterminante, car fonder une caisse comme celle-ci a permis à différents francophones d’avoir accès à un service dans leur langue maternelle et d’autant plus de permettre d’apprendre aux premiers membres (les membres « originaux » comme l’indique Daniel Chalifoux) de la caisse les rudiments de l’emprunt et les aspects liés aux finances.

Pour bon nombre d’entreprises, la première année s’avère essentielle pour déterminer la suite des choses. Les coopératives, comme celle de la Caisse de Beaumont, ont une mission différente qui les distingue : permettre aux membres de participer activement aux décisions de la caisse en étant « propriétaires » de celle-ci.

Camille Bérubé, qui a été directeur général de la Caisse de Beaumont pendant 33 ans, affirme que « la première année à la suite de la création de la caisse fut fructueuse : 65 membres avec un actif de 1450 $. »

À cette époque, 1450 $ constituait un montant considérable : des familles qui ont mis toutes leurs économies ensemble afin de trouver une manière efficace de s’entraider.

Plusieurs années plus tard, à son entrée en poste en 1981, et ce, jusqu’à sa retraire, Camille Bérubé a permis de faire passer la Caisse de Beaumont d’un actif de 6 millions à 200 millions de dollars tout en offrant continuellement des services en français.

Aussi, la caisse fut un véritable élan pour le secteur économique de la ville parce que de nos jours, laisse des traces importantes dans le secteur coopérative francophone albertain. Aujourd’hui, on évalue l’actif de la caisse à un montant de plus de 230 millions.

Pendant une trentaine années, la Caisse de Saint-Vital fut la seule institution financière existante à Beaumont. De plus, plusieurs habitants des municipalités francophones de la périphérie d’Edmonton (Saint-Albert, Morinville, Legal et Fort Saskatchewan) se déplaçaient, pour avoir l’occasion d’être servis en français, mais aussi pour un service personnalisé.

Ainsi, à son tout début, la caisse de Beaumont s’inspire du succès des caisses coopératives du Mouvement Desjardins au Québec, en intégrant l’assurance épargne pour les membres et certains bénéfices pour les employés. « La coopération nous a permis d’avoir de bons liens avec Desjardins, tels que des outils pour entrainer notre personnel. » – Camille Bérubé, ancien directeur général de la Caisse de Beaumont pendant 33 ans.

Les outils de formations pour les employés de la Caisse s’inspirent encore aujourd’hui des caisses de Desjardins, mais Camille Bérubé affirme que ce qui le diffère de Desjardins est que le conseil d’administration promeut le service personnalisé : chaque nouveau membre est attitré à un employé à l’ouverture de son compte. Ainsi, ceci permet de nombreux avantages, dont le fait d’entretenir un lien affectif afin que l’employé puisse connaître les centres d’intérêts de ses clients pour pouvoir leur proposer des produits ou services répondant à leurs besoins.

« La façade n’a pas du tout changé, depuis les 40 dernières années. » – Camille Bérubé

Avant qu’elle soit la caisse que l’on connait aujourd’hui, la caisse populaire « fit dans une petite résidence, où, il y a avait qu’un seul local loué pour l’endroit. La première caisse était située chez Arthur Hérard, sur la propriété de M. Louis Goudreau. En 1962, après un feu qui force la caisse à faire l’acquisition de son propre local, elle se trouve sur la 50e Avenue, à l’endroit même où se trouve la caisse actuelle. En 1977, elle déménage sur la 50e Rue. L’achat en 1979 d’un terrain adjacent sur la 50e Avenue a permis d’avoir suffisamment d’espace pour y ériger l’édifice actuel de la Caisse.

Les différents défis
Au fil des ans, la Caisse de Beaumont s’est transformée, afin de suivre aussi le développement démographique de la ville. Bien que la capacité d’offrir des services en français fût primordiale à l’époque, aujourd’hui, cet aspect devient de plus en plus difficile à accomplir. Depuis quelques années, l’augmentation d’employés non bilingues et le manque de francophones dans des postes décisionnels ne cesse de croître.

Aussi, comme presque toutes les autres caisses francophones dans les années 1970, après avoir résisté pendant près de 50 ans, la Caisse de Beaumont n’a pas échappé à une fusion. Cette fusion a eu lieu en 2018 avec ABCU Credit Union. Bien qu’inévitable, l’ancien directeur général de la Caisse estime que cette fusion va permettre que davantage de gens de la communauté puissent être servis adéquatement.

« Il existe énormément de compétition à travers les banques. Pour essayer d’agrandir l’actif, il fallait utiliser ses ressources pour être plus rentable et être en mesure d’offrir bon service à nos membres. »

L’importance de la communauté

Si la Caisse de Beaumont a su se maintenir comme établissement francophone, c’est grâce à la population, croit Camille Bérubé. « La coopérative a permis de survivre, grâce à sa communauté », lance-t-il.

M.Bérubé rappelle qu’au fil des ans, la Caisse est passée de 65 membres à 6660 membres, ce qui est un succès fulgurant sachant que, la crise économique dans les années 80 a amené plusieurs banques à faire faillite. Toutefois, malgré cela, « notre caisse est resté forte, et ceci est un de nos plus gros accomplissement ».

De plus, certains de ses employés sont aussi encore présents, depuis l’ouverture de la caisse, précisément grâce à une fidélisation des employés importantes. Ainsi, les prochaines années s’annoncent occupées : l’agrandissement de la caisse et planification de la relève.